Alice ça glisse…

… au pays des merveilles. Bravo Franky, je sens tes groseilles…

Excusez moi, je me suis englué dans mes pensées. Parfois, mon amour de la chanson française est si fort (encore un point commun avec notre président), que malgré tous les efforts de mon « surmoi », les pulsions sont trop puissantes !

Pardon pour cette introduction légèrement poussive. Aujourd’hui, vous l’aurez sans doute deviné, nous allons disserter autour de l’adaptation 3D de l’œuvre de Lewis Carroll.

Tout le monde l’attendait, comme une évidence, la rencontre entre le prince du gothique et l’univers psychédéliquement absurde d’Alice au pays des merveilles devait être grandiose, sombre, surréaliste, graphique, délirante… Le chef d’œuvre de l’année 2010 !

Seulement, la réalité est toute autre. Les attentes étaient immenses, malheureusement, le défi n’est pas relevé ! Nous en sommes presque désolé tant la déception est grande. Ce mariage de rêve n’aura pas lieu. Tout d’abord, Tim Burton a décidé de faire de son Alice une jeune femme de 19 ans promise à un mariage arrangé dont elle ne veut pas. Ensuite, ce n’est pas la première visite de la jeune femme au pays des merveilles. Elle représente là-bas une sorte de messie, attendue depuis longtemps pour destituer l’affreuse Reine Rouge (interprétée par l’excellente Helena Bonham Carter, Mme Burton à la ville). On se retrouve ainsi plongé dans une quasi-suite de l’œuvre de Disney (1951). Plus proche du Monde de Narnia ou du Seigneur des Anneaux que du dessin animé de la firme du grand Walt. Quand Alice enfile son armure étincelante, attrape d’une main ferme sa belle épée d’argent et part pour un duel effronté contre un dragon (!!!), on se demande si Tim Burton n’a pas perdu son âme pendant ce tournage ?

Le film manque cruellement d’étrangeté et de cette note d’humour noir, qui font normalement la marque de fabrique de Burton comme de Charles Lutwidge Dodgson (le vrai nom de Lewis Carroll). Nous aurions aimé retrouver un peu de l’obscur Sweeney Todd, du merveilleux Charlie et la Chocolaterie, de la folie de Mars Attacks!, de la poésie d’Edward aux mains d’argent, de la magie de Big Fish…

Les personnages, à l’encontre du dessin animé, ne sont ni sombres, ni délirants, et aussi malsains qu’une armée de Bisounours se cachant derrière un arc-en-ciel. L’imaginaire, si fécond habituellement, du réalisateur semble ici bridé. Pourquoi Tim Burton a-t-il voulu tout simplifier en une grande aventure du bien contre le mal ? Pourquoi est-il sans cesse obligé de nous rabâcher d’être imaginatif dans la vie (via Alice) ? Comme si il voulait s’auto-persuader que le film ne manquait pas d’imaginatif et d’onirisme…

Dans la ligne de conduite du film, le personnage du Chapelier Fou ne déroge pas à la règle. Malgré un Johnny Depp haut en couleur (et en maquillage), nous avons du mal à apprécier le personnage autant qu’il le mériterait. Beaucoup trop mièvre et pas assez fou (c’est un comble). Le compagnon de Vanessa Paradis, semble bien moins à son aise ici, que sous le chapeau de Willy Wonka ou derrière l’épée du baroque pirate Jack Sparrow. Seule Helena Bonham Carter sort du lot avec une interprétation hilarante de la Reine Rouge.

D’un point de vue technique, ce film est réussit. C’est beau, coloré (même si les très belles couleurs sont ternies par les lunettes 3D), les décors sont riches et le relief très bien rendu ! Le film est admirablement mis en musique par l’excellent Dany Elfman (compagnon de toujours de Burton). Pour sa première en trois dimensions, Tim Burton passe aisément le cap de cette difficulté technique. Mais le grand Tim se serait-il perdu dans le marasme des contraintes qu’exigent la 3D, en dépit de tout le reste ?Le Nouvel Obs ne s’était pas trompé en titrant : »Tim Burton gagne en relief ce qu’il perd en poésie ».  Notons cependant, que Burton réalise son plus gros succès public au USA avec ce film. Ce qui peut se comprendre, compte tenu de l’attente qui existait à la sortie du film et de l’aspect très « grand public » de cette production Disney.

Finalement, espérons que pour nous aussi, tout ceci n’est qu’un cauchemar ! Et réveillons nous pour déguster paisiblement la filmographie de Tim Burton, qui, mise à part La Planète des Singes, est sans reproche. Il nous tarde de goûter au prochain film du metteur en scène, qui écoutera à coup sur, les judicieuses critiques de Blogy Blogoo !

Votre dévoué serviteur

Publicités
    • Brutal aux pays des merveilles
    • 30 mars 2010

    J’aime ton style et tes métaphores mais ça manque un peu d’oxymore a mon goût …
    Par contre brutal ne dira pas du bien de ce film qu’il attendait tellement depuis 2ans et qui devrait plutôt s’appellait « Narnia 6 : juste là sous les couilles ».
    Je n’en dirais pas plus parceque mon point de vue et la haine (passagère) que malgres moi je voût a mon poto Tim a été dite et redite et qu’il aurait mieux fait de nous faire de l’adaptation pure souche…
    Le mec brutal (qui apprécie aussi la bonne musique des îles)

    • Gantois Jean-Philippe
    • 30 mars 2010

    C’est vrai que le film est une énorme déception au niveau du scénario. Mais celui-ci n’est pas de Tim mais de Linda Woolverton. Scénariste de la belle et la bête et du roi lion entre autre. Elle aura sans doute la chance de se rattraper sur Maleficent, le nouveau projet Burton/Disney.
    Au niveau de la 3D, ce n’est pas mieux. Pas assez de profondeur, de visuel et des couleurs fades.
    Il ne reste de ce film que Johnny et Helena parfait dans leur rôle respectif.

  1. Je trouve que Johnny Depp n’est pas extraordinaire… Si tu lui enlèves tous les artifices, sa prestation est loin d’être à la hauteur de ce qu’il peut faire. Deplus, son personnage est bien trop gentil.
    Je suis d’accord, les couleurs sont fades mais c’est du aux lunettes 3D. J’avais déjà remarqué ça avec Avatar, les lunettes ternissent l’image. Quand on quitte les lunettes pendant la séance, on se rend compte que les couleurs sont bien plus lumineuses !
    Ils devraient projeter les films 3D avec beaucoup plus de luminosité, pour contrebalancer l’effet des lunettes sur la lumière.
    Effectivement, le scénariste doit y être pour beaucoup…
    Et j’ai lu une interview de Tim Burton qui raconte que le tournage a été très difficile. Il n’a découvert certaines scènes que très peu de temps avant la sortie. Il pouvait se passer un an entre le tournage et la post-production !
    Tim Burton lui même dit qu’il ne travaillera plus jamais dans des conditions pareils.
    J’aurais aimé une adaptation plus fidèle au roman, avec cet enchainement de petits sketchs et quelques chansons fofolles de Danny Elfman. Un petit peu sur le modèle de Charlie et la chocolaterie.

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :